Personnes

Ali Hosseini Khamenei

Ali Hosseini Khamenei n’est pas simplement un nom politique passager dans l’histoire de l’Iran ; il est l’une des figures qui ont laissé une empreinte profonde sur la forme de l’État iranien moderne. Pendant de longues décennies, son nom a été associé à la décision suprême dans le pays et aux dossiers les plus sensibles : de la guerre et de la politique étrangère aux protestations internes, au dossier nucléaire et à la relation complexe avec l’Occident. Lire sa biographie ne signifie donc pas seulement découvrir la vie d’un homme de religion parvenu au pouvoir, mais aussi comprendre la manière dont la République islamique s’est formée, et comment elle est passée de l’élan révolutionnaire à un État fortement centralisé reposant sur un équilibre délicat entre les religieux et les institutions sécuritaires et militaires.

par Jade Guillot

Sommaire

Informations clés

Nom complet

Ali Hosseini Khamenei

Fonction

Deuxième Guide suprême de la République islamique d’Iran

Date de naissance

19 avril 1939

Lieu de naissance

Ville de Machhad, Iran

Date de décès

28 février 2026 (à l’âge de 86 ans)

Cause du décès

Tué lors d’une frappe militaire conjointe américano-israélienne ayant visé son quartier général à Téhéran.

Principales fonctions politiques

• Guide suprême de l’Iran (1989–2026)• Président de la République iranienne (1981–1989)• Vice-ministre de la Défense (après la révolution de 1979)

Les origines et le début à Machhad

Ali Hosseini Khamenei est né dans la ville de Machhad le 19 avril 1939, l’une des plus importantes villes religieuses d’Iran. Il a grandi dans une famille religieuse modeste, et son père, Javad Khamenei, était un religieux connu pour sa simplicité et son ascétisme. Son parcours précoce dessine l’image d’une petite maison aux moyens limités, où les membres de la famille apprenaient le sens du contentement, de la discipline et d’une vie simple. C’est dans cet environnement qu’est sorti l’enfant qui a commencé très tôt son apprentissage au kuttab, découvrant dès son plus jeune âge les lettres arabes et le Coran, avant de passer aux écoles religieuses traditionnelles de Machhad. Ce début précoce est très important, car il explique pourquoi son entrée dans la hawza n’a pas été une décision soudaine, mais le prolongement naturel d’un parcours familial et culturel amorcé dès ses premières années. Certains lecteurs effectuent aussi des recherches sous la forme « Ala Khamenei », mais il s’agit ici bien du même Ali Hosseini Khamenei.

La formation scientifique et hawza

Durant sa période d’études, Khamenei a avancé rapidement sur la voie de la hawza. Il a étudié dans des écoles religieuses connues à Machhad, puis a achevé en un temps relativement court les étapes intermédiaires des sciences religieuses, passant de la logique au fiqh, à la philosophie et aux fondements du droit. Il s’est ensuite tourné vers les cours supérieurs, a visité Nadjaf en Irak en 1957, et y a suivi les enseignements d’un certain nombre de savants éminents. Mais il est revenu en Iran peu de temps après et s’est installé à Qom, la ville qui représente le cœur intellectuel de la hawza chiite en Iran. À Qom, il a poursuivi ses études entre 1958 et 1964, et a été l’élève de figures religieuses de premier plan, parmi lesquelles Rouhollah Khomeini, qui deviendra plus tard le chef de la révolution islamique et le fondateur de la République islamique. Il est ensuite revenu à Machhad pour poursuivre le savoir et s’occuper de son père, et c’est là qu’il a lui-même commencé à enseigner à des élèves plus jeunes.

Un homme de religion qui écrit et traduit

Ce qui attire l’attention dans la biographie de Khamenei, c’est que son image n’était pas seulement purement religieuse. En plus de sa formation hawza, il manifestait un intérêt évident pour la lecture, l’écriture et la traduction. On lui attribue des ouvrages sur la pensée islamique, le Coran, l’invocation, la patience, l’art et la culture, et il a également traduit plusieurs livres de l’arabe vers le persan, parmi lesquels des œuvres liées à Sayyid Qutb et un livre sur la paix de l’imam Hassan. Cet aspect est important, car il révèle que Khamenei n’était pas simplement un homme d’institution ou l’auteur de discours politiques, mais qu’il s’intéressait aussi à la production des idées et à la formulation du langage qu’il utiliserait plus tard dans l’espace public. Même ceux qui sont en désaccord politique avec lui peuvent difficilement ignorer que l’homme s’est construit l’image d’un intellectuel religieux, et non celle d’un simple homme de pouvoir.

Son intérêt pour la littérature et la poésie

Parmi les aspects moins souvent évoqués à son sujet figure son intérêt pour la littérature et la poésie. Son nom a été associé à des réunions régulières avec des poètes et des écrivains, et il parlait de la poésie persane comme d’un vecteur de sagesse, d’identité et de sens culturel. La liste de ses œuvres comprend également un livre sur sa vision des arts, ce qui ajoute une autre dimension à sa personnalité publique. Ces traits n’annulent pas sa fermeté politique, mais rendent son image plus complexe : un dirigeant très rigoureux, et en même temps un homme soucieux d’apparaître comme un lecteur et un observateur de la littérature, et non simplement comme le détenteur d’une décision sécuritaire ou politique.

D’étudiant en sciences religieuses à opposant au Shah

Khamenei est entré dans l’action politique d’opposition à l’époque du Shah Mohammad Reza Pahlavi. Dès le début des années 1960, il s’est rapproché du courant révolutionnaire lié à Khomeini, a participé à la diffusion des idées d’opposition et a pris la parole lors d’occasions religieuses et politiques aux accents protestataires clairs. Il a été arrêté à plusieurs reprises, sa première incarcération datant de 1963, puis les périodes d’arrestation, d’interrogatoire et de surveillance se sont répétées. Il a également subi l’interdiction de prêcher et des pressions sécuritaires, mais il a poursuivi son activité politique jusqu’aux dernières années du régime monarchique. C’est précisément durant cette phase que s’est cristallisée son image d’homme de religion qui ne se contente pas des cours traditionnels, mais veut faire partie d’un vaste mouvement de changement politique. Cela a fait de lui, avec le temps, l’un des visages connus au sein du cercle islamique opposé au régime monarchique.

Après la révolution : une ascension rapide au sein du nouvel État

Lorsque la révolution islamique triompha en 1979 et que le Shah tomba, Khamenei ne resta pas dans les rangs de l’arrière. Il entra directement dans la structure du nouvel État, participa au Conseil de la révolution, puis occupa plusieurs fonctions qui l’aidèrent à construire rapidement sa présence au sein du régime. Il occupa le poste de vice-ministre de la Défense et fut proche des milieux militaires à un moment où la République islamique était en phase de fondation et faisait face à de grands défis. Il devint également imam de la prière du vendredi à Téhéran, une fonction aussi politique que religieuse, puisqu’elle offrait à son titulaire une tribune hebdomadaire depuis laquelle il s’adressait à l’opinion publique, expliquait le discours du régime et attaquait ses adversaires. De cette manière, Khamenei combina très tôt la chaire et la responsabilité exécutive, l’action religieuse et l’action politique.

La tentative d’assassinat qui a changé son parcours

En 1981, Khamenei a été victime d’une tentative d’assassinat qui a laissé une trace durable sur son corps : sa main droite est restée paralysée après l’attaque. Cependant, cet événement ne l’a pas affaibli politiquement ; au contraire, il a renforcé sa place au sein du régime à un moment où la nouvelle République vivait une forte instabilité sécuritaire et une grande violence intérieure. Cette même année, il fut élu président de l’Iran après l’assassinat du président Mohammad Ali Rajaï, devenant ainsi le premier homme de religion à occuper la présidence de la République. Ce fut un grand saut dans son parcours, car la présidence le fit passer du statut d’homme actif au sein de la révolution à celui de premier visage exécutif de l’État, même si la parole suprême restait entre les mains de Khomeini en sa qualité de Guide et de chef fondateur. Depuis cette période, son nom fut aussi associé au titre de président de l’Iran dans l’une des phases les plus sensibles de l’histoire de la République islamique.

Une présidence en temps de guerre

Sa présidence, entre 1981 et 1989, s’est déroulée au cœur de la guerre Iran-Irak, une guerre qui a laissé son empreinte sur l’ensemble de la structure de l’État iranien. Durant ces années, les Iraniens ont vécu une mobilisation générale, d’énormes pertes humaines et matérielles, et un sentiment permanent de danger extérieur. Dans ce contexte, Khamenei s’est rapproché davantage de l’institution militaire et des mécanismes de gestion de la guerre et de la défense, et il a ancré en lui la conviction que l’État ne pouvait survivre sans un appareil sécuritaire puissant et une cohésion interne stricte. On peut dire que les années de guerre ont été pour lui une école du pouvoir : c’est là qu’ont pris racine la logique de dissuasion, la priorité donnée à la sécurité et la méfiance chronique à l’égard des intentions des adversaires régionaux et internationaux — des traits qui apparaîtront encore plus nettement lorsqu’il deviendra Guide suprême.

Comment est-il arrivé au poste de Guide suprême ?

Après la mort de Rouhollah Khomeini en 1989, l’Iran entra dans sa première véritable épreuve de la succession. L’Assemblée des experts choisit Ali Khamenei comme Guide suprême de la République islamique, même si ce choix semblait surprenant pour certains observateurs à l’époque, car Khamenei ne possédait pas le même poids religieux traditionnel que Khomeini. Mais il a compensé cette faiblesse au fil du temps en construisant autour du poste même de Guide suprême un centre de pouvoir d’une extrême force. À partir de ce moment-là, il passa du statut de président élu à celui de véritable tête du régime et de détenteur du dernier mot sur les questions de sécurité, de défense, de politique étrangère et de nominations essentielles. C’est ainsi que commença la phase la plus longue et la plus influente de sa vie. C’est également dans cette phase que s’est consolidée l’image du Guide Ali Khamenei comme la personnalité la plus influente au sommet du pouvoir iranien.

Que signifie être le Guide suprême ?

Pour bien comprendre Khamenei, il ne suffit pas de regarder sa personne ; il faut aussi comprendre la place du Guide suprême dans le système iranien. Le Guide n’est pas une fonction symbolique, mais le cœur de l’architecture politique. Il dispose de larges prérogatives qui incluent le commandement général des forces armées, la supervision des Gardiens de la révolution, l’influence sur le pouvoir judiciaire, la validation des grandes politiques et la nomination de personnalités clés dans les institutions de l’État. L’Assemblée des experts est l’organe constitutionnel qui le choisit et qui détient théoriquement le droit de le destituer s’il perd les conditions requises pour la fonction. En ce sens, Khamenei n’était pas seulement un ancien président devenu une grande figure religieuse ; il est devenu la référence autour de laquelle gravitent la plupart des leviers de décision de la République islamique.

La construction du pouvoir depuis l’intérieur des institutions

Au cours des décennies suivantes, Khamenei a réussi à transformer le bureau du Guide en un véritable centre d’influence qui dépassait parfois les institutions élues elles-mêmes. Il s’est largement appuyé sur les Gardiens de la révolution et a veillé à nommer des personnalités qui lui étaient loyales à des postes sensibles. Avec le temps, les Gardiens ne furent plus seulement une force militaire, mais devinrent un acteur politique, économique et sécuritaire central, disposant d’une large présence à l’intérieur comme à l’extérieur de l’État. Dans le même temps, des réseaux financiers et des institutions semi-officielles se sont formés autour de l’institution du Guide, donnant au centre du commandement une grande indépendance vis-à-vis des équilibres gouvernementaux ordinaires. Tout cela a aidé Khamenei à gouverner non seulement à travers les textes de la Constitution, mais aussi en bâtissant un système de loyautés et d’institutions qui rendaient son pouvoir pratique et quotidien, et pas seulement théorique.

Le président bouge… mais à l’intérieur de limites

Malgré cela, son mode de gouvernement ne reposait pas sur l’affrontement direct à chaque instant. Il était connu pour sa capacité à laisser une marge limitée aux présidents et aux gouvernements, puis à réajuster cette marge lorsqu’il estimait que l’orientation générale commençait à s’éloigner de la ligne qu’il souhaitait. Ainsi, sous son règne, des présidents très différents se sont succédé, des conservateurs les plus durs aux pragmatiques et aux réformateurs relatifs, mais aucun d’eux n’a pu dépasser le plafond tracé par le Guide. Il autorisait le mouvement, mais à l’intérieur de limites claires. Il acceptait la négociation quand les pressions devenaient fortes, mais n’acceptait pas que la négociation se transforme en changement de l’identité du régime ou de la nature de la position du Guide suprême. Cette méthode a fait de lui un dirigeant combinant à la fois fermeté et souplesse tactique.

Les protestations et l’épreuve intérieure la plus difficile

À l’intérieur de l’Iran, Khamenei a fait face à des vagues répétées de protestation. Le pays a connu des manifestations étudiantes en 1999 et 2002, puis une crise majeure a éclaté après l’élection de 2009, lorsque les contestations des résultats se sont transformées en une profonde crise de légitimité qui a ébranlé le régime de l’intérieur. Des années plus tard sont venues les protestations de 2022 après la mort de Mahsa Amini alors qu’elle était détenue par la police des mœurs, révélant l’ampleur du fossé entre l’État et une large partie de la société, en particulier les jeunes et les femmes. À chacune de ces étapes, le régime, sous sa direction, a penché davantage vers l’approche sécuritaire que vers une approche conciliatrice. C’est pourquoi son nom fut lié, pour ses partisans, à l’idée de protéger l’État et d’empêcher le chaos, tandis qu’il fut associé, chez ses opposants, au durcissement de l’emprise et à la répression de l’espace public.

Sa vision du monde : l’Occident, Israël et l’axe d’influence

En politique étrangère, Khamenei a été l’un des dirigeants iraniens les plus attachés au discours d’hostilité envers les États-Unis et Israël. Il ne s’agissait pas d’un simple slogan, mais d’un élément central de sa définition de l’identité de la République islamique. Sous son règne, l’influence régionale de l’Iran s’est étendue à travers un réseau d’alliés et de forces armées qui lui étaient liées au Liban, en Irak, en Syrie, au Yémen et à Gaza. Il considérait cette extension comme faisant partie d’un système de dissuasion et de défense avancée, et non comme une simple politique d’influence traditionnelle. Mais cette expansion elle-même a entraîné pour l’Iran une énorme usure, et l’a placé dans des confrontations croissantes avec des adversaires régionaux et internationaux. Dans les dernières années de sa vie, la confrontation avec Israël est sortie de l’espace de la « guerre de l’ombre » pour devenir un affrontement direct, ce qui a accru la pression sur le régime et sur sa personne en tant que chef suprême.

Le dossier nucléaire : plus qu’un programme technique

Le dossier nucléaire fut l’un des dossiers les plus intimement liés à son nom. Il affirmait constamment que le programme nucléaire iranien était destiné à des fins pacifiques, et que l’Iran ne cherchait pas à fabriquer une arme nucléaire ; une fatwa religieuse interdisant la production et l’utilisation de l’arme nucléaire lui a également été associée. En 2015, il a donné un accord prudent à l’accord nucléaire qui limitait certaines parties du programme en échange d’un allégement des sanctions. Mais le retrait des États-Unis de l’accord en 2018 a fait remonter la tension à un niveau plus élevé et a ancré en lui une profonde méfiance quant à l’intérêt de faire confiance à Washington. Depuis lors, le dossier nucléaire est devenu pour lui plus qu’une question technique ; il est devenu un symbole de souveraineté, de dignité et de capacité à tenir bon, ce qui faisait apparaître toute concession importante comme une atteinte à l’essence même de la position régionale et internationale de l’Iran.

Sa personnalité familiale et l’ombre qui a entouré sa famille

Sur le plan personnel, la dimension familiale de sa vie est restée loin des projecteurs par rapport à beaucoup de dirigeants de la région. Sa famille n’était présente dans la scène publique que de manière limitée, mais le nom de son fils Mojtaba s’est fortement imposé ces dernières années, comme celui de l’un des fils de Khamenei les plus influents en coulisses. Beaucoup le considéraient comme un candidat potentiel à la succession de son père, notamment en raison de ses liens étroits avec les Gardiens de la révolution et de sa position au sein du bureau du Guide. Malgré cela, l’idée d’un transfert du pouvoir du père au fils demeurait extrêmement sensible, car la République islamique s’était précisément construite sur le rejet du pouvoir héréditaire incarné par le régime du Shah. C’est pourquoi le nom de Mojtaba est resté à la fois un sujet d’intérêt et de controverse. Dans ce contexte, l’expression « fils de Khamenei » est restée l’une des formulations les plus présentes dans les discussions liées au dossier de la succession en Iran.

Son style oratoire et la fabrication de son image publique

L’un des traits marquants de sa personnalité était aussi son style oratoire. Khamenei n’était pas de ces responsables politiques qui se contentent de communiqués officiels secs ; il s’appuyait largement sur de longs discours mêlant texte religieux, rappel historique et messages politiques directs. Il s’adressait à ses partisans dans un langage de mobilisation et de résistance, et à ses adversaires dans un langage d’avertissement et de dissuasion ; des termes comme indépendance, résistance et arrogance revenaient souvent dans son discours. Ce langage n’était pas simplement une manière de parler, mais un instrument complet de gouvernement ; c’est par lui qu’il définissait le cadre idéologique du régime et qu’il réexpliquait la place de l’Iran dans le monde de son point de vue. C’est pourquoi ses discours, en particulier lors des grandes occasions, sont devenus une partie du mécanisme même de gestion de l’État, et non un simple commentaire des événements.

L’image de l’ascète… et le véritable centre du pouvoir

Il tenait également à se présenter sous l’image d’un dirigeant ascétique, proche du peuple, tout en siégeant au sommet de la pyramide du pouvoir. Son origine modeste et son image d’homme de religion simple l’ont aidé à ancrer cette impression auprès d’un secteur des Iraniens conservateurs. À l’inverse, ses détracteurs considéraient que cette image d’ascèse ne suffisait pas à comprendre la structure réelle du pouvoir née sous son règne, ni l’ampleur de l’influence concentrée dans des institutions non élues gravitant autour du Guide. Entre ces deux images se trouve le paradoxe de sa personnalité : un dirigeant qui préfère apparaître plus proche du maître et du prédicateur, alors qu’en réalité il tenait entre ses mains les rouages les plus fins de l’État et influençait les nominations et les décisions stratégiques plus que n’importe quel responsable élu.

Pourquoi le changement est-il devenu plus difficile avec le temps ?

La relation de Khamenei avec les présidents iraniens révèle un autre aspect de sa manière de gouverner. Il a traité avec les différents présidents selon une règle claire : celui qui s’accorde avec la ligne générale obtient une plus grande marge d’action, et celui qui tente d’élargir excessivement cette marge se heurte à des limites nettes. Ainsi, le problème ne résidait pas toujours dans la personnalité du président lui-même, mais dans une question plus vaste : jusqu’à quel point le pouvoir exécutif peut-il se mouvoir à l’intérieur d’un système qui place la décision finale entre les mains du Guide suprême ? Cette équation s’est manifestée à de nombreuses reprises sous son règne, et elle explique pourquoi certains présidents commençaient leur mandat avec des slogans d’ouverture ou de réforme, puis le terminaient après avoir buté contre les limites structurelles du régime.

Une société qui change plus vite que l’État

Il est également important de noter que Khamenei a gouverné l’Iran à une époque où la société changeait rapidement. Une nouvelle génération a grandi après la révolution sans porter la même mémoire du Shah ou de la guerre contre l’Irak, et elle pensait davantage à l’économie, aux opportunités personnelles, aux libertés sociales et à la relation au monde. Cette transformation sociale l’a placé face à un dilemme difficile : comment préserver un langage révolutionnaire sur lequel le régime s’est fondé, alors que les priorités d’une grande partie de la société évoluent ? Sa réponse a le plus souvent consisté à insister sur l’identité révolutionnaire et la souveraineté nationale, tout en accordant une certaine souplesse limitée dans les détails, sans ouvrir la porte à un changement plus profond. Mais cet équilibre est devenu plus difficile au fil des années et à mesure que les crises intérieures iraniennes s’aggravaient, en particulier avec le sentiment croissant chez les jeunes que le pays payait un prix élevé en raison de l’isolement et du conflit permanent.

Une conception artistique montrant le Guide suprême iranien Ali Khamenei en train de prononcer un discours devant des microphones, sur fond de motifs islamiques bleus

Les dernières années : une pression intérieure et extérieure simultanée

Au cours de ses dernières années, l’Iran est entré dans une phase plus troublée. Les crises économiques se sont accumulées, l’écart social s’est élargi et les tensions régionales se sont aggravées, alors qu’il apparaissait que la nouvelle génération à l’intérieur du pays était moins convaincue par l’ancien langage politique qui avait gouverné les premières décennies après la révolution. Dans le même temps, l’influence régionale de l’Iran a subi des coups successifs, et les pressions militaires sur le pays se sont accrues. Pourtant, Khamenei n’a pas abandonné son discours fondamental ; il a continué à présenter la ténacité, le refus et la confrontation comme la seule voie pour protéger la République islamique. Cette insistance a fait de lui, aux yeux de ses partisans, un symbole de fermeté, et, aux yeux de ses adversaires, un symbole de rigidité politique qui a coûté à l’Iran un prix élevé.

La guerre contre l’Iran : pourquoi a-t-elle éclaté, et quel a été le rôle de Khamenei, des États-Unis, de Trump et d’Israël ?

Jusqu’au 3 mars 2026, la confrontation entre l’Iran d’un côté, et les États-Unis et Israël de l’autre, était devenue une guerre ouverte et non plus un simple échange de frappes limité. Cette phase n’a pas commencé soudainement, mais après des années de guerre de l’ombre entre Téhéran et Tel-Aviv, puis après la plus grande explosion de juin 2025, lorsque Israël a frappé des objectifs nucléaires et militaires iraniens et que les États-Unis sont entrés dans la campagne aérienne dans une guerre qui a duré 12 jours. Après cette phase, la crise est restée suspendue : Washington et Tel-Aviv ont continué à mettre en garde contre toute avancée iranienne dans les programmes nucléaire et balistique, tandis que Téhéran insistait sur son droit à l’enrichissement et refusait que les négociations se transforment en diktats portant atteinte à sa souveraineté. En février 2026, il semblait que la porte de la négociation restait encore ouverte, mais le désaccord demeurait aigu sur l’enrichissement, les missiles et le soutien aux alliés régionaux, si bien que la voie diplomatique s’est pratiquement effondrée avec le retour à l’option militaire.

Au cœur de cette équation, Khamenei était plus qu’un simple dirigeant symbolique. Il détenait le dernier mot sur les questions de sécurité, de nucléaire et de politique régionale, et c’est lui qui, au cours de son règne, a consolidé la politique de confrontation avec les États-Unis et Israël, et élargi le réseau d’alliés régionaux que Téhéran présentait comme une ligne de défense et de dissuasion hors de ses frontières. C’est pourquoi la guerre a aussi été associée à sa personne : pour ses adversaires, viser le centre du commandement iranien revenait à tenter de changer l’équilibre décisionnel à l’intérieur de l’État, et non à mener une simple frappe militaire classique. Quant à Israël, il a abordé cette guerre comme une occasion de réduire les capacités nucléaires et militaires de l’Iran et de l’empêcher de reprendre l’initiative après la phase de 2025, tandis que Benyamin Netanyahou a présenté la campagne comme pouvant durer un peu, mais non comme une guerre sans fin.

Les États-Unis, quant à eux, sont entrés dans cette phase en tant que partenaire direct et décisif. Le 27 février, Donald Trump a donné l’ordre final de lancer l’opération Epic Fury, puis, le lendemain, plus de 100 avions américains ont décollé depuis la terre et la mer, après une préparation électronique et de renseignement, parallèlement à une frappe israélienne décrite comme l’événement déclencheur de l’opération. Sur le plan politique, Trump a modifié plus d’une fois ses justifications publiques : au départ, il a laissé entendre que les Iraniens avaient une occasion rare de reprendre leur pays, puis il a recentré son discours sur l’empêchement de l’Iran d’obtenir une arme nucléaire et sur la destruction de ses capacités balistiques. Jusqu’au 3 mars 2026, la guerre en était entrée à son quatrième jour et s’était étendue au Liban et au Golfe, avec des frappes touchant des pays abritant des bases américaines, de fortes perturbations du trafic aérien et du transport maritime à travers le détroit d’Ormuz, ainsi qu’une hausse des prix du pétrole. Dans les discussions autour du cercle décisionnel sécuritaire iranien, le nom d’Ali Shamkhani ressort également, parfois sous le titre d’amiral Ali Shamkhani ; certains lecteurs posent aussi des questions du type « origine d’Ali Shamkhani », tandis que la formule « Ali Shamkhani, conseiller du Guide suprême iranien » revient lorsqu’il est question des personnalités liées à l’environnement décisionnel sécuritaire et politique à Téhéran.

Date

Événement

Importance

13 juin 2025

La guerre des 12 jours a commencé lorsque Israël a frappé des objectifs nucléaires et militaires iraniens, puis les États-Unis ont rejoint l’attaque aérienne.

Ce fut le moment où le conflit est passé d’une guerre de l’ombre à un affrontement direct à grande échelle.

16 juillet 2025

Khamenei a annoncé que l’Iran était prêt à répondre à toute nouvelle attaque et a déclaré que Téhéran était capable de porter un coup plus important à ses adversaires.

Cela a montré que la phase de juin n’avait pas mis fin à l’escalade, mais avait maintenu la possibilité de la guerre suivante.

2 février 2026

Une préparation à la reprise des pourparlers américano-iraniens à Istanbul était en cours, tandis que Trump menaçait que de « mauvaises choses » puissent arriver s’ils échouaient, avec des conditions américaines comprenant zéro enrichissement, des limites sur les missiles et la fin du soutien aux alliés régionaux.

Cela montre que la diplomatie a continué jusqu’à juste avant la guerre, mais qu’elle était extrêmement fragile.

27 février 2026

Trump a donné l’ordre final de lancer l’opération Epic Fury.

C’est le moment de la décision américaine directe d’entrer en guerre.

28 février 2026

Plus de 100 avions américains ont décollé après un « événement déclencheur » israélien, et les frappes ont visé Téhéran, tuant Khamenei, avec plus de 1000 objectifs touchés dans les premières 24 heures.

Ce jour-là a transformé la crise en guerre ouverte totale.

1er mars 2026

L’Iran a confirmé la mort de Khamenei, et un conseil de direction provisoire comprenant le président, le chef du pouvoir judiciaire et un membre du Conseil des gardiens de la Constitution a assumé provisoirement les fonctions du Guide.

Cela a ouvert une crise de succession au cœur même de la bataille et plongé le régime dans une phase transitoire sensible.

2 mars 2026

Trump a reformulé publiquement les objectifs de la guerre, passant d’une allusion au changement de régime à une focalisation sur l’empêchement de l’arme nucléaire et la destruction des capacités balistiques.

Cela révèle le changement du message politique américain à mesure que la guerre s’étendait.

3 mars 2026

La guerre est entrée dans son quatrième jour, avec des frappes israéliennes à Téhéran et au Liban, des attaques iraniennes contre des États du Golfe hébergeant des bases américaines, et un chaos dans le transport aérien et maritime à travers le détroit d’Ormuz.

Cela montre que le conflit n’était plus seulement irano-israélien, mais devenu une vaste crise régionale.

La fin en février 2026

Mort d’Ali Khamenei : la fin d’un tyran en Iran

Sa vie s’est achevée le 28 février 2026, lorsqu’il a été tué dans des frappes américano-israéliennes visant l’Iran, une nouvelle confirmée publiquement le lendemain. Avec sa mort, s’est refermée une période d’environ trente-sept années au poste de Guide suprême, une période qui a profondément redéfini les équilibres du pouvoir à l’intérieur de l’Iran et dans la région. Après sa mort, le pays est entré dans une phase transitoire, et l’annonce a été faite de la mise en place d’un conseil de direction provisoire comprenant le président Massoud Pezeshkian, le chef du pouvoir judiciaire Gholam-Hossein Mohseni-Ejei et le religieux Ali Reza Arafi, tandis que l’Assemblée des experts devait choisir le nouveau Guide. Le dossier de la succession est revenu avec force au premier plan, avec la circulation de plusieurs noms représentant différentes tendances à l’intérieur du régime, de la ligne sécuritaire dure à une option plus pragmatique. Ce moment a également été associé dans la mémoire politique aux expressions « décès de Khamenei » et « mort d’Ali Khamenei », car l’événement n’était pas simplement la fin d’une personnalité politique, mais la fin d’une étape entière de l’histoire de la République islamique.

Que reste-t-il de Khamenei après son départ ?

La question la plus importante après son départ est peut-être la suivante : que reste-t-il de Khamenei en Iran ? La réponse est que son influence ne se résume pas à ses années au pouvoir, mais à la structure qu’il a laissée derrière lui. Il a consolidé la centralité du bureau du Guide, élargi le rôle des Gardiens de la révolution et lié la survie du régime à une logique sécuritaire et souverainiste extrêmement rigide. Il a également fait de la politique étrangère un terrain de défense avancée du régime, et du dossier nucléaire un test de la dignité de l’État et de sa capacité à tenir bon. En contrepartie, il a laissé une société divisée entre ceux qui le voient comme l’homme ayant préservé la stabilité de la République islamique, et ceux qui le considèrent comme responsable du rétrécissement de la vie politique et de la primauté de la logique de force sur le compromis. Ainsi, sa biographie demeurera une matière essentielle pour comprendre l’Iran, non parce qu’elle raconte seulement la vie d’un seul homme, mais parce qu’elle résume l’histoire d’un État entier qui a vécu entre révolution, guerre, sanctions, protestations et reproduction du pouvoir.

Conclusion

Pour toutes ces raisons, la biographie d’Ali Khamenei paraît intéressante même à ceux qui ne suivent pas quotidiennement les affaires iraniennes. C’est le parcours d’un homme qui a commencé dans une maison religieuse simple à Machhad, puis est devenu étudiant en sciences religieuses, puis militant d’opposition, puis président en temps de guerre, puis Guide suprême qui a imprimé sa marque à son pays pendant près de quatre décennies. À chacune de ces étapes, il ajoutait une couche nouvelle à son image : le faqih, le militant, l’orateur, l’homme d’État, le chef suprême et le gardien de la continuité du régime. C’est cette multiplicité qui rend l’écriture sur lui à la fois difficile et fascinante ; car parler de lui ne peut pas être unilatéral ou superficiel, mais demande toujours une vision qui rassemble l’homme et la fonction, l’idée et le pouvoir, la biographie individuelle et l’histoire moderne de l’Iran.

Foire Aux Questions

Qui est Khamenei ?

C’est Ali Hosseini Khamenei : président de l’Iran de 1981 à 1989, puis Guide suprême de 1989 à 2026.

Khamenei a-t-il été président de l’Iran ? (président d’Iran Khamenei)

Oui, il a été président entre 1981 et 1989.

Qui est le fils de Khamenei ? Et quelle est la réalité de son rôle politique ?

Mojtaba Khamenei est le nom le plus souvent cité dans les discussions, et Britannica le décrit comme ayant joué un rôle influent au sein du bureau du Guide tout en restant éloigné des projecteurs ; quant à l’ampleur réelle de son influence, elle reste sujette à controverse.

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